Pérou, Qhapac Ñan segment Huarochiri - Pariacaca Stephane VALLIN

Pérou, Qhapac Ñan segment Huarochiri - Pariacaca


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Qhapac Ñan, segment Huarochiri - Pariacaca

Le chemin de l’Inca ne peut se résumer à la seule voie qui permet de rejoindre la Vallée Sacrée proche de Cuzco à l’ancienne citadelle du Macchu Pichu. Dans son intégralité, le Qhapac Nan (ou grand chemin en quechua) est un réseau complexe qui s’étend sur près de 6000 km depuis le sud de la Colombie jusqu’à la vallée du rio Maule au centre du Chili. C’est la plus grande route archéologique au monde. Il existait déjà de nombreuses routes avant l’expansion finale de l’empire inca, un héritage de cultures antérieures qui favorisait les échanges commerciaux entre les provinces et facilitait les campagnes militaires. Les incas, ont par la suite rénové ces voies en les améliorant et en les intégrant dans un immense réseau qui servait l’administration impériale depuis son centre, Cuzco, vers les quatre quartiers de l’empire (le tahuantinsuyu). L’ensemble de ces routes s’organisait autour de deux axes longitudinaux, parallèles aux Cordillères. L’un suivait la côte, et l’autre ouvrait une voie vers les sierras, les terres hautes. Ce dernier fut complété par de multiples axes transversaux secondaires, menant des sierras à la côte, et de l’altiplano aux vallées tempérées.

L’un d’eux reliait le site de Pachacamac aux portes de Lima sur la côte pacifique, aux hautes sierras andines. C’est une courte portion de cette voie que nous déciderons de parcourir pour rejoindre le cœur de la Cordillère Centrale. D’après le chroniqueur Cieza de Leon (1550), son tracé aurait été réhabilité en 1471, au début du règne de l’Inca Tupac Yupanqui, fils de Pachacutec. Ironie de l’histoire : c’est cette même route, symbole de la puissance de l’empire, qu’emprunta Pizarro le conquistador espagnol après le pillage de Cuzco pour revenir vers la côte et fonder sa capitale Lima.

L’itinéraire du sentier, quittant la côte désertique, serpente à travers les vallées fertiles des rios Lurin, Mala, Cañete et Mantaro. Au XVI ème siècle, Diego d’Avila Griceno, autre chroniqueur espagnol, évoquait déjà l’existence de ce sentier : «…la rivière court au pied d’une montagne recouverte de neige que les indiens appellent Pariacaca. En lisière des glaciers, nous pouvons observer des escaliers de pierre, appartenant au chemin qui relie la cité des rois (Lima) à Cuzco, et qui se poursuit vers un grand lac… ». Il est fort à parier que le grand lac ici évoqué soit le lac Titicaca. Le lac Titicaca, Cuzco, Pachacamac, Pariacaca : quatre lieux sacrés dans la cosmologie andine.

Pariacaca était l’un des apus les plus respectés des temps anciens. L’apu symbolise pour le peuple andin une divinité associée à la montagne. Pariacaca était le dieu à l’origine de toutes les rivières qu’il libère, à la fois régulateur de tous les phénomènes météorologiques, et insufflant la fertilité aux plantes, aux animaux et aux hommes. Son culte avait pris une telle ampleur que les seigneurs de la côte et ceux de la sierra alors en conflit, s’accordèrent une trêve durant la célébration des fêtes religieuses où tout l’empire vénérait l’apu. Chaque année, des caravanes de pèlerins s’organisaient pour rejoindre les hauts plateaux de la Cordillère centrale et effectuer des sacrifices ou y distribuer des offrandes au pied de son glacier comme du maïs, de la chicha, des feuilles de coca ou des fœtus de lama…

Avant l’arrivée des espagnols et de l’Eglise, les yañcas étaient chargés de l’organisation des rites. Désignés par leur dieu, ils observaient le ciel du haut d’un mur construit à cet effet selon des règles très précises. En juin quand le soleil atteignait le mur, le signal était alors donné aux chasquis, les infatigables messagers de l’empire, d’informer les provinces du jour prochain de la célébration. Aujourd’hui, seules quelques familles de Huarochiri et Tanta observent encore la tradition et partent une fois dans l’année déposer leurs offrandes au pied d’une apacheta –monticule de pierres- disposée au sommet d’une colline d’où l’on aperçoit les glaces du Pariacaca.

Stéphane VALLIN.

Voyage d'exploration réalisé avec Terres Oubliées (terresoubliees.com)